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« On m’avait parlé de prescription, j’étais prévenu mais je n’étais pas prêt »

« On m’avait parlé de prescription, j’étais prévenu mais je n’étais pas prêt »

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« On m’avait parlé de prescription, j’étais prévenu mais je n’étais pas prêt »



Tribune. Ainsi la vie n’est pas carrée, pas plus qu’elle n’est ronde ou ovale. Ainsi la vie n’est pas ponctuelle. Ainsi la vie rejette les formes, les horloges, les rencards et les cadres. Et c’est le propre de chacun, pour chacun, se dépouiller, sans forme fixe, sans chiffre fixe, sans jour fixe, sans contours fixes. La vie parie sur tout et n’importe quoi. Je suis, de ce point de vue là comme vous, comme nous tous. Un été, sans prétention, un mois de juillet, tôt le matin, à la lumière du soleil naissant, le flou des contours s’est intensifié à chacun des gestes d’un homme sur ma peau d’enfant. Je l’ai déjà dit. Je n’en ai plus parlé depuis. Le flou encore plus flou Rien à ajouter qui ne mérite vraiment d’être ajouté. Les détails sont bons pour les pourceaux, gourmands et désastreux. Le flou est devenu encore plus flou, jusqu’à se confondre avec moi-même, ingéré par le rêve de survivre. Pendant exactement dix-neuf ans, je suis resté assis sur ce secret, ce silence. Que j’appellerai plus tard, pour moi-même, l’enfouissement. Pas un mot, pas même la conscience avouée des faits, l’enfant qui boite, l’adolescent qui tangue, l’adulte qui gémit sans savoir, en cherchant, sans comprendre, essoufflé. A errer sans but déterminé. Pris au piège, immobilisé, empêché. Réduit à mes peurs. Une flèche invisible fichée en pleine cuisse, une plaie aveugle. Dix-neuf ans et puis revient. Revient, par le mystère des mémoires engloutis renaissantes, des images, quelques couleurs bien pales. Il faut raconter en espérant être cru et entendu. Parler très peu, ne pas aller trop vite, se soigner, ingurgiter des choses, passer pas des cases peu envieuses, en des lieux où l’on enferme, pour son bien à soi, aux autres. S’accrocher pour rester fidèles aux souvenirs retrouvés et à ce que l’on a essayé de bâtir. Aimer tant bien que mal. Passé un certain temps le seul problème c’est de tenir, tenir chaque jour. Guère plus. Et puis dans le saccage arrivent soudain des formes fixes. Un jour, un chiffre, et une loi. Il en faut. J’en suis encore incapable C’était un 19 juin, c’était trop tard. trente-huit ans et un jour. Une forme fixe soudaine, définitive. Cela s’appelle prescription. Dans le paysage, voilà qui détonne. On m’avait parlé de prescription déjà, j’étais prévenu mais je n’étais pas prêt. Tout bonnement. Je n’ai pas eu la force, pas eu le courage non plus, d’affronter ce passé dont je ne parvenais déjà pas à régler la facture tout à fait. Je ne pouvais pas m’engager dans un commissariat et dans une procédure. J’en suis encore incapable. Jugez-moi pour cela si vous voulez. Il vous reste 54.31% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



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